Le taux forfaitaire de 5 % a disparu. Ce que dit la circulaire LIR n° 164/1 du 29 janvier 2025, comment justifier votre taux et comment éviter la requalification en distribution cachée de bénéfices.

En bref. Le compte courant d'associé enregistre les sommes qu'un associé prête à sa société, ou que la société lui avance. Depuis la circulaire L.I.R. n° 164/1 du 29 janvier 2025, qui remplace celle du 23 mars 1998, le taux forfaitaire de 5 % n'existe plus. Le taux doit désormais correspondre aux conditions du marché, et vous devez pouvoir le justifier. Un compte débiteur mal documenté peut être requalifié en distribution cachée de bénéfices.

C'est un des postes les plus banals du bilan d'une PME luxembourgeoise, et un des plus mal suivis. Le dirigeant avance de l'argent à sa société pour passer un trimestre creux, ou bien il se sert dans la caisse en attendant son dividende, et personne ne formalise rien. Pendant vingt-sept ans, une circulaire de 1998 fixait un taux de 5 % qui servait de filet de sécurité. Ce filet a disparu en janvier 2025. Voici ce qui s'applique désormais.

Qu'est-ce qu'un compte courant d'associé ?

Le compte courant d'associé est le compte qui retrace les mouvements financiers entre une société et l'un de ses associés, en dehors du capital. Quand l'associé avance des fonds à la société, le compte est créditeur. Quand la société avance des fonds à l'associé, il est débiteur. Ce n'est ni du capital ni un salaire : c'est une créance ou une dette, avec les conséquences fiscales qui vont avec.

La confusion la plus fréquente consiste à traiter ce compte comme une réserve personnelle dans laquelle on pioche. Sur le plan comptable, il vit en classe 4 du plan comptable normalisé, parmi les comptes de tiers, pas en classe 1 avec les capitaux propres. La nuance n'est pas cosmétique : elle dit qu'il s'agit d'une somme due, dans un sens ou dans l'autre.

Créditeur ou débiteur : deux situations très différentes

SituationCe que ça veut direLe point de vigilance
Compte créditeurL'associé a prêté de l'argent à sa sociétéLes intérêts versés à l'associé doivent rester à un niveau de marché pour être déductibles
Compte débiteurLa société a avancé de l'argent à l'associéLa société doit percevoir un intérêt de marché, faute de quoi l'avantage consenti est imposable

Dans la pratique des PME luxembourgeoises, c'est le compte débiteur qui attire l'attention de l'administration. Une société qui prête sans intérêt à son associé lui consent un avantage. Cet avantage a une valeur, et cette valeur ne peut pas rester invisible.

Ce que change la circulaire L.I.R. n° 164/1 du 29 janvier 2025

L'Administration des contributions directes a publié le 29 janvier 2025 une nouvelle circulaire L.I.R. n° 164/1 consacrée aux taux d'intérêt des comptes courants d'associés. Elle remplace la circulaire du même numéro datée du 23 mars 1998. Le changement de fond tient en une phrase : la référence chiffrée universelle disparaît au profit du principe de pleine concurrence.

Quand l'associé est une personne physique

L'ancienne circulaire fixait un taux forfaitaire de 5 %. On l'appliquait, et le dossier était clos. La circulaire de 2025 supprime toute fixation prédéterminée. Le taux doit désormais refléter les conditions qui auraient été convenues entre parties indépendantes, conformément à l'article 164 (3) de la loi concernant l'impôt sur le revenu.

Une mesure de simplification subsiste : il reste possible de retenir un taux fondé sur le taux annuel applicable aux crédits à la consommation, à condition de produire les éléments de preuve qui le justifient. Les statistiques mensuelles de taux publiées par la Banque centrale du Luxembourg, qui détaillent les taux pratiqués par les établissements de crédit luxembourgeois sur les dépôts et les prêts, sont une référence utilisable pour cette justification.

Le mot important est « justifier ». Avant 2025, le taux était donné. Depuis 2025, il se démontre, et la démonstration se prépare au moment où l'avance est consentie, pas trois ans plus tard devant un contrôleur.

Quand l'associé est une entreprise liée

Le raisonnement change d'échelle. La circulaire renvoie au principe de pleine concurrence des articles 56 et 56bis de la loi sur l'impôt sur le revenu, avec une appréciation au cas par cas. Entrent en compte la devise de la créance, son échéance, le risque de change, le risque de couverture et le taux de refinancement. On est ici dans la logique des prix de transfert, avec la documentation qui va avec.

Un compte courant qui traîne dans votre bilan sans convention ni taux ? On regarde ce que ça implique, sans vous vendre une usine à gaz.

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Le vrai risque : la distribution cachée de bénéfices

L'article 164, alinéa 3 de la loi sur l'impôt sur le revenu vise les avantages qu'un associé reçoit et qu'il n'aurait pas obtenus s'il n'avait pas eu cette qualité. Un compte courant débiteur qui ne porte pas d'intérêt, dont le remboursement est repoussé indéfiniment ou finit par être abandonné, coche exactement cette case. Requalifié, il cesse d'être un prêt et devient une distribution, avec l'imposition correspondante dans le chef de l'associé et la perte de déduction dans le chef de la société.

Ce qui protège une PME n'a rien de sophistiqué. Une convention écrite, un taux motivé, une échéance de remboursement réaliste, et surtout des mouvements cohérents avec ce qui a été écrit. Un compte courant qui gonfle d'année en année alors que la convention prévoit un remboursement à douze mois se contredit lui-même, et la contradiction se lit dans le grand livre.

Ce que ça change dans la tenue de vos comptes

Un compte courant d'associé n'est pas un poste qu'on regarde une fois par an au moment de la clôture. C'est pourtant ce qui se passe dans le modèle classique : la fiduciaire découvre le solde au printemps suivant, quand il est trop tard pour corriger l'exercice écoulé. Le dirigeant, lui, apprend en même temps le montant et le problème.

Chez Advena, la comptabilité est tenue en continu dans l'Odoo que nous déployons et paramétrons pour le Luxembourg. Le solde du compte courant est lisible au jour le jour, au même titre que la trésorerie, et le calcul des intérêts s'appuie sur des mouvements datés plutôt que sur une reconstitution de fin d'exercice. Quand un solde débiteur commence à s'installer, la conversation a lieu en mars, pas quatorze mois plus tard. C'est le sens de notre approche fiduciaire pour les PME : des chiffres qui arrivent quand ils servent encore à décider.

À qui ce sujet demande plus qu'une fiduciaire de PME

Soyons clairs sur nos limites. Si votre compte courant met en jeu des entités liées dans plusieurs juridictions, des montants significatifs et une véritable analyse de prix de transfert, il vous faut une documentation spécialisée que nous ne produisons pas. Nous vous le dirons au premier échange plutôt qu'après. Pour une PME luxembourgeoise de 1 à 50 salariés dont le dirigeant a un compte courant avec sa propre société, en revanche, la mise en ordre relève de la tenue comptable courante et tient dans notre forfait.

Un dernier point de méthode : cet article informe sur un cadre général en vigueur en juillet 2026. Il ne remplace pas l'examen de votre situation, en particulier parce que le nouveau régime repose sur une appréciation de fait, donc sur vos chiffres à vous.

Questions fréquentes

Quel taux d'intérêt appliquer à un compte courant d'associé au Luxembourg ?

Il n'y a plus de taux imposé. Depuis la circulaire L.I.R. n° 164/1 du 29 janvier 2025, le taux doit correspondre aux conditions du marché. Pour un associé personne physique, une mesure de simplification permet de retenir un taux fondé sur celui des crédits à la consommation, à condition de pouvoir le justifier.

Le taux forfaitaire de 5 % s'applique-t-il encore ?

Non. Le taux de 5 % venait de la circulaire du 23 mars 1998, remplacée par celle du 29 janvier 2025. Continuer à l'appliquer sans autre justification revient à retenir un chiffre qui n'a plus de fondement dans la doctrine administrative.

Un compte courant d'associé débiteur est-il interdit ?

Non, mais il doit être traité comme un vrai prêt : convention écrite, intérêt de marché, échéance de remboursement respectée. À défaut, l'avantage consenti à l'associé peut être requalifié en distribution cachée de bénéfices au sens de l'article 164, alinéa 3 de la loi sur l'impôt sur le revenu.

Où le compte courant apparaît-il dans les comptes annuels ?

Dans les comptes de tiers, en classe 4 du plan comptable normalisé, à l'actif s'il est débiteur et au passif s'il est créditeur. Il n'entre pas dans les capitaux propres, même quand l'associé considère l'avance comme un apport durable.

Faut-il une convention écrite pour un compte courant d'associé ?

Elle n'est pas exigée par une disposition unique, mais elle est votre principal élément de preuve. En cas de contrôle, une convention datée qui fixe le taux, la durée et les modalités de remboursement fait la différence entre un prêt et un avantage requalifié.

Pour aller plus loin

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Nous tenons la comptabilité de PME luxembourgeoises dans l'outil de gestion que nous déployons nous-mêmes, ce qui vous donne vos chiffres en temps réel plutôt qu'une photo de l'exercice précédent. Le forfait démarre à partir de 325 € par mois, tout compris, sans facturation à l'heure et sans facture en dehors de la mensualité. Nous informons sur la règle applicable, nous ne nous substituons pas à un conseil personnalisé, et nous vous disons franchement quand un dossier dépasse notre périmètre.

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