Nomenclatures, ordres de fabrication, sous-traitance : le module Fabrication d'Odoo couvre le besoin d'un atelier de PME. Le point qui décide de tout, c'est la valorisation des stocks au PCN 2020.
En bref. Le module Fabrication d'Odoo repose sur trois objets : la nomenclature (la liste des composants), les ordres de fabrication et les ordres de travail rattachés à des postes de travail. Il gère nativement la sous-traitance et les kits. Pour un atelier luxembourgeois, la vraie difficulté n'est pas technique : c'est de faire atterrir les stocks dans les bons comptes de la classe 3 du PCN 2020, faute de quoi le bilan raconte n'importe quoi et l'écart de coût de revient reste invisible.
Un atelier de dix personnes à Ehlerange qui assemble des composants achetés en Allemagne, sous-traite la peinture en Belgique et livre au Luxembourg n'a pas un problème de logiciel de production. Il a un problème de traçabilité des coûts et de valorisation des stocks. Odoo sait faire les deux, mais seulement si la comptabilité est branchée correctement dès le départ.
Comment fonctionne le module Fabrication d'Odoo ?
Odoo Fabrication (le module mrp) construit la production autour de la nomenclature d'un produit fini. La nomenclature liste les composants et leurs quantités, et peut porter les opérations de production. Lorsqu'un ordre de fabrication est lancé, Odoo réserve les composants, suit leur consommation, et crée le produit fini en stock avec sa valeur.
Le champ le plus structurant est le type de nomenclature. La documentation Odoo 19 en distingue trois, et le choix n'est pas cosmétique :
| Type de nomenclature | Ce qu'Odoo fait | Cas typique |
|---|---|---|
| Fabrication | Crée un ordre de fabrication, consomme les composants, produit un article fini valorisé | Vous assemblez et le produit fini existe en stock |
| Kit | Aucun ordre de fabrication : le produit se décompose en composants à la livraison | Un lot commercial, un ensemble vendu mais jamais stocké comme tel |
| Sous-traitance | La production est réalisée par un tiers, avec suivi des composants envoyés et du fini reçu | Traitement de surface, usinage, façonnage confié à un partenaire |
L'erreur classique consiste à déclarer en « Fabrication » ce qui est en réalité un kit. On se retrouve alors avec des ordres de fabrication fantômes à valider chaque semaine, pour un produit que personne ne fabrique jamais.
Ordres de travail : à activer, ou pas
Les ordres de travail ne sont pas actifs par défaut. Ils s'activent dans Fabrication > Configuration > Paramètres, section Opérations. Une fois en place, chaque opération de la nomenclature (découpe, assemblage, contrôle) devient une étape rattachée à un poste de travail, avec son temps et son coût horaire.
Faut-il les activer ? Cela dépend d'une seule question : voulez-vous connaître le coût de la main-d'œuvre par produit ? Si oui, les ordres de travail sont indispensables, puisque c'est le coût horaire des postes de travail qui alimente le coût de revient. Si vous fabriquez trois références simples et que la main-d'œuvre est un coût fixe assumé, l'activation ajoute une saisie quotidienne pour peu de valeur. Beaucoup d'ateliers les activent par réflexe, s'en lassent en trois semaines, et se retrouvent avec des ordres de travail toujours ouverts qui faussent les temps.
Vous ne savez pas si vos produits sont rentables, produit par produit ?
Faire le point sur vos coûts de revientLa sous-traitance, le flux le plus fréquent au Luxembourg
Peu d'ateliers luxembourgeois font tout en interne. La sous-traitance s'active dans les mêmes paramètres, et la documentation Odoo décrit trois flux qui se distinguent par une seule question : qui fournit les composants ?
- Sous-traitance simple : le sous-traitant se procure lui-même les composants. Vous achetez un produit fini, avec la traçabilité de la nomenclature en plus.
- Dropship vers le sous-traitant : vous achetez les composants à votre fournisseur, qui les livre directement chez le sous-traitant. Vous ne les voyez jamais passer.
- Réapprovisionnement du sous-traitant : vous envoyez vos propres composants depuis votre stock.
Attention à un point que les tutoriels ignorent, et qui compte quand le sous-traitant est en Belgique ou en Allemagne : un mouvement de biens vers un autre État membre sans transfert de propriété n'est pas une vente, mais il n'est pas neutre pour vos obligations déclaratives. Le traitement TVA et le sort de ces mouvements dans votre déclaration Intrastat se valident avant de généraliser le flux, pas après le premier contrôle. Ces éléments restent généraux et ne remplacent pas une analyse de votre situation.
Valorisation des stocks : là où tout se joue
C'est le sujet que les intégrateurs pur produit traitent le plus mal, parce qu'il n'est pas dans Odoo, il est dans votre bilan.
Le plan comptable normalisé luxembourgeois distingue, dans sa classe 3, les matières premières et consommables, les produits en cours de fabrication, les produits finis et marchandises et les acomptes versés. Ces postes se retrouvent tels quels au bilan. Une entreprise qui fabrique doit donc pouvoir dire, à la date de clôture, ce qu'elle détient dans chacune de ces catégories.
Dans Odoo, cette ventilation ne dépend pas du module Fabrication : elle dépend des catégories de produits, qui portent les comptes de valorisation de stock. Si vos matières premières, vos en-cours et vos produits finis partagent la même catégorie, ils partagent le même compte, et la distinction du PCN 2020 disparaît. Le paramétrage correct consiste à créer une catégorie par nature de stock et à mapper chacune sur le bon compte, en cohérence avec le paramétrage comptable luxembourgeois de votre base.
Deux réglages complètent le tableau, à trancher avec votre comptable et non en cochant au hasard :
- Valorisation automatique ou manuelle : en automatique, chaque mouvement de stock génère une écriture. C'est la seule façon d'avoir un bilan à jour en permanence, mais cela suppose que les comptes soient justes, sinon vous produisez des écritures fausses en continu.
- Méthode de coût : coût standard, FIFO ou coût moyen pondéré. Le coût standard est confortable pour piloter un atelier, à condition de réviser les standards. Sinon l'écart entre le standard et le réel s'accumule silencieusement, et personne ne le voit avant l'inventaire.
Le détail des mécanismes d'inventaire et de valorisation est traité dans notre article sur la gestion de stock dans Odoo.
Où part réellement la marge d'un atelier
Quand une PME industrielle découvre son coût de revient réel, la surprise vient rarement du prix des matières. Elle vient des rebuts non déclarés, des reprises non facturées et du temps machine sous-estimé.
Odoo permet de rendre ces trois postes visibles, à condition d'en faire un usage discipliné : déclarer les rebuts au lieu de « corriger » l'inventaire en fin de mois, saisir les reprises comme des ordres de fabrication distincts, et fixer un coût horaire réaliste sur les postes de travail plutôt que zéro. Rattachez ensuite la production à des comptes analytiques : c'est là que la rentabilité par gamme de produits devient lisible, pas dans le compte de résultat.
Cas illustratif (donné à titre d'exemple, ne correspond pas à un client réel). Un atelier de menuiserie de huit personnes valorise tous ses stocks sur un seul compte, avec un coût standard figé depuis deux ans. Le bois a pris 20 %, le standard non. Sur le papier, chaque commande dégage 30 % de marge ; en réalité, deux références sont vendues à perte depuis dix-huit mois. La correction n'a rien de spectaculaire : trois catégories de produits, un mapping comptable propre, une révision des standards deux fois par an. Le mois suivant, les deux références perdantes sont sorties du catalogue.
Questions fréquentes
Odoo remplace-t-il un vrai MRP pour une PME industrielle ?
Pour un atelier de PME, oui : nomenclatures multi-niveaux, ordres de fabrication, postes de travail, sous-traitance et planification sont couverts en standard. Les limites apparaissent sur des besoins très spécifiques comme l'ordonnancement à capacité finie très fin ou des contraintes sectorielles réglementées, qui demandent un complément.
Faut-il activer les ordres de travail ?
Uniquement si vous voulez mesurer le temps et le coût de main-d'œuvre par produit. Ils s'activent dans Fabrication, Configuration, Paramètres, section Opérations. Sans ce besoin, ils ajoutent de la saisie sans apporter d'information utile.
Comment Odoo gère-t-il un sous-traitant établi à l'étranger ?
Odoo suit les composants envoyés et le produit fini reçu, selon trois flux de sous-traitance. Le traitement fiscal et déclaratif de ces mouvements transfrontaliers, lui, dépend de votre situation et doit être validé avec votre comptable, notamment pour la TVA et l'Intrastat.
Où se paramètrent les comptes de stock au PCN 2020 ?
Sur les catégories de produits, pas sur le module Fabrication. Chaque catégorie porte ses comptes de valorisation. Il faut donc une catégorie distincte pour les matières premières, les produits en cours et les produits finis afin de retrouver la ventilation du PCN 2020 au bilan.
Coût standard ou FIFO pour un atelier ?
Le coût standard facilite le pilotage quotidien mais impose de réviser régulièrement les standards, sous peine d'écarts qui s'accumulent. Le FIFO colle davantage au réel et demande moins d'entretien. Le choix se fait avec votre comptable, en fonction de la volatilité de vos achats.
Pourquoi Advena ?
- Odoo et comptabilité luxembourgeoise sous le même toit : le mapping des comptes de stock au PCN 2020 n'est pas sous-traité à un tiers.
- Un coût de revient qui veut dire quelque chose : postes de travail, rebuts et analytique paramétrés ensemble, pas séparément.
- Forfaits clairs, sans facturation à l'heure : le périmètre et le prix sont fixés avant de commencer.
- Proximité avec les fondateurs : ce sont les associés qui suivent votre dossier.
Pour aller plus loin : Odoo au Luxembourg : est-ce le bon ERP pour votre PME ? · Odoo et la gestion de stock · Comptabilité analytique dans Odoo · Configurer la comptabilité luxembourgeoise dans Odoo · Déclaration Intrastat au Luxembourg
Un atelier qui connaît son coût de revient prend de meilleures décisions que celui qui achète un logiciel de plus.
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